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Prix BATIACTU 2013 pour la Réhabilitation de la Halle Sernam

L a Halle de Sarreguemines, en état de ruine très avancée, a été sauvée in extremis de la destruction par l’audace d’investisseurs amoureux de la pierre et acteurs engagés dans la région qui les a vu naitre.

La région Lorraine, et un département, la Moselle, administrée par un député-maire ayant l’intelligence d’accorder sa confiance à des investisseurs privés. Ce terme d’investisseur très galvaudé et dont l’image négative suppose qu’il ne s’agit que d’une opération financière. Mais Celeste Lett le rappelle sans ambiguïté, « Seule, la ville ne peut rien. Il faut des partenaires privés pour mener des opérations d’une telle envergure ».

Exit donc l’habituelle méfiance des services instructeurs à laquelle nous sommes malheureusement habitués et trop souvent confrontés dans la plupart de nos projets d’architecture.

A Sarreguemines c’est précisément l’inverse, et il faut saluer la participation active des services de la ville, heureux de voir leur patrimoine sauvé, sous l’oeil bienveillant de l’Architecte des Bâtiments de France. Ajoutons qu’un Arrêté de démolition destinait ce bâtiment à sa disparition du paysage et des mémoires.

Le tandem architecte / maître d’ouvrage ensuite, dont l’amitié précède la commande propre à ce projet, et dont la passion commune pour le projet et l’architecture favorise une confiance mutuelle entre les deux parties, à chaque étape du processus de conception, et jusque’à la livraison du chantier.

Et pour finir, un utilisateur dont l’engagement et le dialogue entre les individus est la raison d’être, Pôle Emploi, présent et impliqué dès le démarrage des études et avant même que les investisseurs n’acquièrent le bâtiment.

La nature même de l’activité de Pôle Emploi, institution née de la fusion ASSEDIC ANPE, a fini de donner au projet une véritable dimension architecturale, au sens noble du terme.

Le contexte physique (la ruine) et financier (l’investissement) étant complexe, il fallait bien un dialogue au diapason entre toutes les parties pour réaliser le projet. Voilà ce qui fait la beauté de cette halle, témoin privilégié du passé et au coeur du paysage sarregueminois depuis plusieurs générations, et symbolisant à elle seule des attentes si différentes:

Pour la ville de Sarreguemines, la halle doit à la fois marquer l’entrée de ville et devenir la pierre angulaire de la requalification du secteur gare. Pour les Architectes des Bâtiments de France, intervenir sur un bâtiment ancien sans en trahir sa nature première, et l’ériger en qualité de Patrimoine historique de la ville. Pour Pôle Emploi, un espace adapté à la prise en charge et l’accompagnement des demandeurs d’emploi, et la volonté d’être proches de chacun en étant au coeur de la ville et accessible. « Une manière d’en faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin » selon les propres mots de Jean Niel, directeur régional de Pôle Emploi Lorraine. Pour les investisseurs, enfants du pays et fiers de sauver enfin ce bâtiment emblématique, abîmé par les ravages du temps et devenu « une verrue dans un environnement en plein transfiguration », selon les mots d’André Heintz. Pour les Malmasson, investisseur partenaire d’Heintz Immo, « cet engagement marque leur fidélité à Sarreguemines ».

Beaucoup d’attentes donc, et un beau défi que RDAA a dû relever en réalisant un projet devant répondre à autant d’exigences nouvelles, qu’elles soient d’ordre environnementales, d’accessibilité ou liées à de nouvelles habitudes de travail très différentes de celles du passé, et aussi spécifiques et complexes que le cahier des charges de Pôle Emploi.

En conclusion, nous pensons que c’est dans les lieux du quotidien que l’architecture a le plus sa place. Cette fierté est à notre sens un objectif absolu à atteindre dans tout projet d’architecture. Loin des commandes atypiques de musée, ou d’autres équipements, cette architecture du lieu de travail nous semble être un excellent vecteur pour réintroduire le goût et surtout la confiance en l’architecture. En impactant la vie de chacun, les architectes et Maîtres d’ouvrage possèdent ensemble cette responsabilité de transmettre des valeurs sincères et positives à la société.